Mode d’emploi pour décrypter l’attitude et la politesse japonaise. 

Pour m’aventurer sur ce terrain miné et compliqué de la politesse japonaise, je vais partir d’un cas concret bien de chez nous, et d’un exemple précis au Japon concernant ma belle famille et de notre premier voyage. 
 
 

La Charité et la Générosité en Occident : Valeurs humanistes ou spirituelles ?   

Je ne sais pas pour vous, mais je me suis longtemps demandé quelles différences il pouvait bien y avoir entre charité et générosité. Enfin quand je dis différence, je sous-entends, lequel est le meilleur, ou le plus louable, en bref, qui fait gagner le plus de point au yeux de … de qui d’ailleurs ? De Dieu ou de la société ou bien de l’humanité ? … Bref c’était un sacré bordel dans ma tête à un certain moment de ma vie à propos de ces valeurs morales et spirituelles et d’ailleurs souvent entrelacées, voire indissociables selon moi. 
 

Match Charité / Générosité ? Mode d’emploi pour atteindre le but ultime ? 

Un jour, en entendant Soeur Emmanuelle dans une interview à la radio, je me suis dit que je n’avais rien compris à ma religion (catholique). En effet, à la dernière question du journaliste : “Mais pourquoi faites-vous tout cela ?!”,
Soeur Emmanuelle venait de répondre mi-sérieuse, mi-provocante, sans aucune hésitation : “Mais pour le salut de mon âme et gagner ma place au paradis !”   
Et là, j’ai eu un choc !!! Tout à coup, je réalisais qu’une des personnes qui forçait mon admiration (et celle de beaucoup d’autres d’ailleurs), pouvait très bien agir comme tout le monde ou n’importe quel enfant avec la bonne “carotte” : c’est à dire la promesse d’une récompense suffisamment importante à ses yeux et ce, même dans le domaine de l’humanitaire et de la spiritualité ! En gros la promesse du paradis représentait le gros lot qui justifiait les “moyens”. Elle aimait tellement Dieu et tous les saints, qu’elle pouvait envisager une vie de discipline et de sacrifice sur terre pour faire le “Bien” et appliquer à la lettre les paroles du Christ afin d’obtenir la récompense suprême: un aller direct pour les rejoindre dans l’Éternité. 
 

Tentative de comparaison

C’est comme si vous promettiez à un fan de “Pop Music” et de danse que, s’il chantait et dansait bien consciencieusement ses 8 heures par jour, jusqu’à la fin de sa vie, il irait rejoindre après sa mort, et pour l’éternité, le “Roi de la Pop” : Michaël Jackson ! 
 
Mais pourquoi je parle de ça et quel rapport avec la politesse et les règles de bienséance du Japon ? 
Vous comprendrez pourquoi je tiens à expliquer cette sensation curieuse qui m’a traversé l’esprit et surtout les neurones pendant plusieurs années car je vais m’aventurer dans une analogie similaire avec le Japon. 
 

Comparaison Valeurs Occidentales / Extrême-Orient 

Je poursuis donc. Mais tout d’abord, avant d’aller plus loin, je tiens à signaler, entre parenthèses, que, ce que je vais tenter de partager avec vous, m’a été expliqué une bonne dizaine de fois avant que je ne l’intègre, et encore, je n’en suis pas sûr à 100%. Même aujourd’hui après dix ans de fréquentation et de partage avec la culture japonaise, je marche encore sur des oeufs et je ne suis pas à l’aise pour en parler ; tout comme cette interrogation que j’ai pu avoir au sujet de Soeur Emmanuelle et de toutes les personnes honorables que j’ai eu l’occasion de croiser ou d’admirer dans ma vie.  
Au final, la question qui me turlupinait vraiment et me travaille encore de temps en temps, est la suivante : faisons-nous le “Bien” par intérêt ou par profonde nature généreuse ? La nature humaine est-elle naturellement bonne, ou a-t-elle besoin d’une promesse de récompense pour l’être ? Est-on bon à l’origine, ou le devenons-nous en pratiquant, tel le proverbe “c’est en forgeant qu’on devient forgeron” ? Si je suis le raisonnement jusqu’au bout, c’est en donnant qu’on apprendrait à devenir généreux !!?? Est-ce que la Charité, la générosité, la politesse ou encore le dévouement sont les fruits d’un apprentissage sous la contrainte (le bâton) pour certains, ou la promesse (la carotte) pour d’autres ? Et que seule leur pratique, par une longue et pénible éducation, voire obligation, seraient les moyens de nous les inculquer ?? Autrement dit, plus vulgairement : “Sommes nous tous des hypocrites intéressés ou forcés ?”
 
Et le Japon dans tout ça, me direz-vous ? 
 

Une générosité en apparence exemplaire proche du sacrifice selon mon regard et ma compréhension. 

Je vous invite à lire mon article “L’hospitalité de Fuko san” et celui de “l’hospitalité Japonaise” dans lesquels je parle des nombreux cadeaux que j’ai reçus au cours de mon séjour et de mon interprétation à ce sujet. 

Au Japon, comme vous le savez ou pouvez l’imaginer, les valeurs sont différentes et je pressens que pourrait subsister la même interrogation et la même ambiguïté dans des valeurs morales et spirituelles. 
Après notre premier séjour, j’ai mis beaucoup de temps à comprendre ce que tentait de m’expliquer mon épouse concernant les raisons du traitement de faveur dont nous avions bénéficié tout au long de notre voyage : l’hospitalité exceptionnelle de Fuko-san et de sa fille, les invitations dans certains lieux, avoir pu approcher certaines personnes d’aussi près et aussi naturellement, bref que des aventures dignes d’un reportage sur Arte. Elle avait beau me dire et me redire, je ne comprenais pas. Je n’arrivais pas, avec mes valeurs et surtout mes références morales et de convenances, à entendre ce qu’elle avait à me dire, sans juger ; et que dis-je, juger très sévèrement les mêmes personnes qui avaient été aussi accueillantes et généreuses avec nous. Je voulais certainement éloigner de moi cette même douche froide que j’avais reçue quelques années en arrière avec Soeur Emmanuelle. “Quoi??? Cette femme, si admirable, faisait tout cela, uniquement pour obtenir sa récompense !!??”

Introduction à la Notion de Dette 

Et puis quoi encore ?? Tous tes amis, les amis de ta famille n’auraient agi avec nous et surtout avec MOI (sous-entendu : si adorable et si bien élevé et si aimable !?) que par “dette envers ta famille ??!! Mais qu’est-ce que tu me racontes là dis donc ma chérie !!??” Bon, là j’y mets un peu d’humour, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, mais sur le coup ça ne me faisait pas rire du tout. Surtout quand j’appris que Fuko-san avait envoyé à mes parents en France, une oeuvre d’art de manufacture très rare d’un des derniers artistes de sa génération au Japon. Là, je vous avoue que je sentais monter la pression du devoir et de la redevabilité dont je vous parlais dans mon article sur Fuko-san et que je n’avais jusque là, absolument pas ressenti. 
Je ne sais pas si vous arrivez à imaginer quelle était mon incompréhension, et surtout, ma colère. J’avais l’impression de m’être fait berner, qu’on avait abusé de ma crédulité. Donc, soit j’essayais de comprendre et j’acceptais ce fait, soit je faisais l’autruche, restais à l’extérieur de tout ça et l’évinçais d’un revers de main. 
 
Evidemment c’est la deuxième solution que je choisis, et ce, jusqu’à cette année où je pris la décision d’écrire ce blog. Et oui même dans un couple, avec des enfants, on peut vivre dans le déni total, la fuite et l’ignorance d’une manière aussi affirmée ! (Je ne suis pas en train de me vanter je précise !) 
La suite au prochain épisode.
Nous essayerons de détailler cette notion de dette et ses conséquences sur les rapports sociaux au Japon. 
 
MG 

                                                                                               Photo by Suzy Hazelwood from Pexels